L'essentiel

  • Webedia naît en 2007 autour de sites people comme Purepeople, avant d'être racheté en 2013 par le holding Fimalac de Marc Ladreit de Lacharrière
  • La croissance se fait par dizaines de rachats ciblés (AlloCiné, Jeuxvideo.com, Mixicom, Elephant) plutôt que par un seul grand coup
  • La publicité a longtemps fourni près de 70 % des recettes du groupe, ce qui explique des choix comme le mur de cookies de 2021
  • Les diversifications (production, gestion de talents, SaaS) servent à amortir les années où la publicité recule
  • Le capital et la direction ont de nouveau bougé en 2024-2025, avec l'entrée d'Aglaé Ventures et le départ du fondateur Cédric Siré

Webedia est un groupe de médias numériques fondé en 2007 par Cédric Siré et Guillaume Multrier, qui a bâti son modèle sur l'audience et la publicité avant de la diversifier. L'entreprise, rachetée en 2013 par le holding Fimalac de Marc Ladreit de Lacharrière, est passée d'un éditeur de sites people à un groupe présent dans une quinzaine de pays, mêlant médias thématiques, production audiovisuelle et gestion de créateurs. Son parcours montre comment une audience numérique se construit par rachats successifs, comment elle se monétise, et ce que coûte une dépendance trop forte à un seul type de revenu.

Qui est Webedia et d'où vient le groupe

Webedia est créé le 27 novembre 2007 par Cédric Siré et Guillaume Multrier. L'entreprise prolonge les lancements successifs de Purepeople, consacré à l'actualité des célébrités, puis de Puretrend et Purefans, des sites bâtis sur des sujets encore peu traités en ligne à l'époque mais jugés porteurs d'audience. En décembre 2008, Webedia rachète le comparateur de prix Shopoon, lancé par La Redoute, qu'elle renomme PureShopping. En janvier 2011, elle rachète au groupe M6 le site Ozap, spécialisé dans l'actualité des médias, et le renomme Puremédias. Le groupe lance ensuite Purebreak, plateforme d'actualité pour les millennials, et Purecharts, dédié à l'actualité musicale.

Fin 2012, selon Stratégies, Webedia emploie 160 salariés, réalise 20 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un excédent brut d'exploitation de 7 millions d'euros, et revendique plus de 10 millions de visiteurs uniques par mois. C'est à ce moment-là, alors que la société est mise en vente par la banque Rothschild, que Fimalac entre en négociation.

L'entrée de Fimalac dans le capital en 2013

Le 17 mai 2013, Fimalac, le holding de Marc Ladreit de Lacharrière, annonce son entrée en négociations exclusives pour prendre une participation majoritaire dans Webedia, dans le but de former un nouveau pôle médias consolidé avec le portail féminin Terrafemina. Fimalac apporte à l'opération 20 millions d'euros de capitaux frais destinés à financer le développement à l'international, notamment en Allemagne. « Notre projet, c'est d'en faire un champion des médias et du divertissement sur internet », expliquait alors Cédric Siré à l'AFP. Marc Ladreit de Lacharrière, de son côté, indiquait vouloir que « le groupe bénéficiera d'une présence sur toute la chaîne de valeur : la production, la distribution, et désormais la vente et la promotion publicitaire de divertissements grâce à l'expertise et au savoir-faire digital de Webedia ».

Pour Fimalac, déjà propriétaire de sociétés de production de spectacles et de salles comme Pleyel ou les casinos Barrière, l'opération servait d'abord à renforcer un pôle divertissement existant. « Cela va nous permettre de renforcer l'audience et la visibilité de nos artistes », commentait Marc de Lacharrière auprès des Echos, en évoquant des artistes comme Céline Dion ou Johnny Hallyday, alors liés au groupe par ses activités de spectacle vivant.

Bâtir l'audience par les rachats, 2013-2016

Une fois Fimalac actionnaire majoritaire, Webedia enchaîne les acquisitions à un rythme soutenu. En juillet 2013, le groupe rachète AlloCiné pour un montant de l'ordre de 67 millions d'euros. En décembre, il ajoute le site culinaire 750g et la plateforme culturelle Exponaute. En 2014, Webedia rachète OverBlog, puis surtout Jeuxvideo.com, racheté le 5 juin 2014 à Hi-Media et à son cofondateur pour 90 millions d'euros, ainsi que Gameo Consulting, propriétaire du site Millenium. Un accord de licence signé avec Ziff Davis permet de lancer une version française d'IGN en février 2015.

En septembre 2015, Webedia rachète Mixicom, alors premier réseau de chaînes YouTube en France, qui réunit des créateurs comme Norman, Cyprien, Squeezie et Natoo : l'opération, pensée pour rapprocher les marques médias du groupe de la production de contenus par des créateurs, est assez suivie pour attirer la visite du président de la République. La même année, Webedia rachète 57 % du capital du comparateur de voyages Easyvoyage. Selon Wikipédia, la stratégie d'acquisitions fait passer le chiffre d'affaires de 62 à 135 millions d'euros sur l'exercice 2015, même si la rentabilité reste faible : le bilan de Webedia pour 2015 affiche un chiffre d'affaires de 57,45 millions d'euros mais un résultat net en perte de plus de 4,2 millions d'euros. Fin 2015, le cofondateur Guillaume Multrier quitte le groupe. Une expertise indépendante évalue alors Webedia entre 475 et 663 millions d'euros en avril 2016, un niveau jugé nettement supérieur à celui du marché par cette même expertise, alors que le groupe se présentait comme une licorne valorisée à plus d'un milliard d'euros.

AnnéeAcquisition ou opérationMontant ou détail connu
2008Rachat de Shopoon (comparateur de prix, ex-La Redoute)Renommé PureShopping
2011Rachat d'Ozap à M6Renommé Puremédias
2013Entrée de Fimalac au capital, puis rachat d'AlloCiné20 M€ de capitaux frais ; AlloCiné racheté environ 67 M€
2014Rachat de Jeuxvideo.com90 millions d'euros
2015Rachat de Mixicom (réseau YouTube) et d'EasyvoyageEasyvoyage : 57 % du capital
2017Rachat de 3BlackDot (gestion de talents, USA) et d'IDZ Prod3BlackDot présentée comme la plus grosse acquisition du groupe à l'étranger
2019Prise de 51 % du capital d'Elephant (production audiovisuelle)Chiffre d'affaires du nouvel ensemble estimé à 500 M€
2024Entrée d'Aglaé Ventures au capital de Webedia, aux côtés de FimalacFonds technologique de la famille Arnault

Le modèle économique : une audience financée par la publicité

Le socle du modèle Webedia reste, pendant longtemps, la publicité display et la régie publicitaire adossée à l'audience de ses sites. Selon Wikipédia, la publicité représentait près de 70 % des recettes du groupe en 2016. Le chiffre d'affaires du secteur numérique de Fimalac, qui recouvre Webedia, progresse vite sur cette période : 134,6 millions d'euros en 2015, 214,4 millions en 2016 (+59,2 %), 302 millions en 2017 (+40,9 %), puis 400 millions d'euros en 2018 pour un résultat net de 60 millions d'euros, avec un objectif affiché de 500 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2020. En mai 2019, Marc Ladreit de Lacharrière annonçait vouloir doubler ce chiffre d'affaires dans les cinq années suivantes.

Cette dépendance à la publicité a aussi des conséquences visibles pour les lecteurs. En avril 2021, Webedia met en place sur l'ensemble de ses sites un dispositif de « mur de cookies », qui conditionne l'accès gratuit à l'acceptation des cookies publicitaires, l'abonnement payant permettant de les bloquer. Interrogée sur ce choix en 2021, la directrice générale chargée du développement Michèle Benzeno expliquait vouloir « rappeler à tout le monde qu'Internet n'est pas gratuit et que pour pouvoir être en mesure de proposer du contenu à la hauteur des exigences de notre communauté de passionnés, il fallait pouvoir le financer, via de la publicité ciblée ou un abonnement payant ».

Vigilance sur les chiffres financiers

Les montants cités dans cet article proviennent de périmètres différents selon les années et les sources : le « secteur numérique » consolidé par Fimalac n'est pas rigoureusement identique à la seule société Webedia SA. L'infobox Wikipédia de Webedia indique par exemple un chiffre d'affaires de 108 millions d'euros en 2020 et 133 millions d'euros en 2021, avec un résultat net en perte les deux années, des montants nettement inférieurs aux 400 millions d'euros de chiffre d'affaires du secteur numérique de Fimalac évoqués pour 2018. Ces chiffres ne doivent donc pas être additionnés ou comparés terme à terme sans tenir compte de leur périmètre.

Diversifier au-delà des sites : production, talents et SaaS

À partir de 2017, Webedia élargit son modèle au-delà de la seule audience publicitaire. Le groupe rachète IDZ Prod, société de production audiovisuelle habituée à travailler avec des créateurs comme Norman ou Cyprien pour des marques et des chaînes de télévision. « Il y a aujourd'hui une convergence des médias, entre Internet et la télévision. On a créé des codes artistiques communs », expliquait alors le gérant d'IDZ, Julien Allard, aux Echos. La même année, Webedia réalise sa plus grosse acquisition à l'étranger avec le rachat de l'agence américaine 3BlackDot, spécialisée dans la gestion de talents pour les jeux vidéo. En 2019, le groupe prend 51 % du capital d'Elephant, société de production de fictions, magazines et documentaires fondée par Emmanuel Chain, l'indépendance éditoriale de cette filiale étant garantie par un pacte d'actionnaires. Cette logique de production audiovisuelle adossée à une audience numérique se retrouve chez d'autres entrepreneurs qui choisissent de créer une société de production audiovisuelle en parallèle d'une activité éditoriale.

Webedia investit aussi dans des activités plus éloignées des médias au sens strict : une participation majoritaire dans Partoo, plateforme SaaS de marketing local, réabondée de 15 millions d'euros en 2021 pour financer son développement international, ou encore une part majoritaire dans la société des frères Cymes autour de la marque de santé Dr Good. Le groupe a également racheté, en 2016, le studio de jeux vidéo mobiles Scimob, auteur du jeu « 94 % » : les studios qu'il édite ou finance s'appuient parfois sur les mêmes dispositifs que d'autres éditeurs du secteur, à l'image du crédit d'impôt jeu vidéo ouvert aux entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés qui développent des jeux en France.

Esport et gestion de créateurs, un pari sur l'influence

Le rachat de Mixicom en 2015 marque l'entrée de Webedia dans la gestion de créateurs de contenus, un métier distinct de l'édition de sites. Le groupe constitue ensuite l'agence Talent Web en 2016 et investit l'esport : accord avec le Paris Saint-Germain pour la gestion de joueurs professionnels, rachat d'Oxent, organisateur de l'eSports World Convention, et lancement en 2018 de la Ligue française de League of Legends avec l'éditeur Riot Games. La chaîne ES1, consacrée à l'esport, est lancée en janvier 2018 après un retard lié à l'absence de reconnaissance de l'esport comme discipline sportive par le régulateur audiovisuel de l'époque.

Ce pari sur les créateurs a aussi montré ses limites. À l'été 2020, plusieurs figures affiliées au groupe, dont Squeezie, Mcfly et Carlito, quittent Webedia, un mouvement qui met en évidence les tensions propres à un modèle où l'entreprise gère à la fois la production et la régie publicitaire des contenus de créateurs qui restent, eux, des entrepreneurs individuels. Quelques mois plus tôt, en février 2020, le lancement de la web TV Le Live, pensée comme le plus gros projet de ce type jamais réalisé en France, tourne rapidement au fiasco après des problèmes techniques et un bannissement de la plateforme Twitch. Le projet s'arrête fin mai 2020, en partie à cause du confinement lié à la pandémie de Covid-19. Squeezie, alors affilié au groupe, évoquait une « absence de vision artistique » dans un projet « tenu par des gens qui n'y connaissent rien, qui ont juste envie de faire des thunes, qui ont zéro passion ».

Les aléas d'un modèle qui dépend de la publicité

La pandémie de Covid-19 oblige Webedia à réduire ses coûts : en juin 2020, le groupe annonce un plan avec une rupture conventionnelle collective sur la base du volontariat, qui touche 80 à 90 personnes en France et 150 départs supplémentaires à l'étranger. Malgré ces difficultés, le groupe continue d'investir dans de nouveaux formats éditoriaux, à l'image du partenariat noué en novembre 2020 avec le journaliste scientifique Jamy Gourmaud pour créer la marque Épicurieux, dédiée à la vulgarisation scientifique sur les réseaux sociaux et en vidéo.

En février 2022, à la suite d'informations publiées par un magazine économique, Fimalac confirme au Figaro rechercher des partenaires pour accélérer le développement international de Webedia, sans vouloir parler de vente. Marc Ladreit de Lacharrière décrivait alors Webedia, en 2018, comme son « petit Disney pour millennials ». Selon Wikipédia, Webedia devient en 2022 la branche la plus rentable du groupe Fimalac. Deux ans plus tard, en 2024, le groupe annonce l'entrée à son capital d'Aglaé Ventures, le fonds d'investissement technologique de la famille Arnault, aux côtés de Fimalac.

Un changement de direction en 2025

En janvier 2025, après seize années à la tête du groupe et l'échec de la recherche d'un repreneur pour Webedia, le directeur général Cédric Siré quitte l'entreprise qu'il avait cofondée. Christian Bombrun, qui avait dirigé les services numériques du groupe sud-africain MTN après être passé par Orange, M6 Web et Canal+, lui succède ; sa nomination est annoncée le 20 février 2025, selon Le Figaro. Véronique Morali reste présidente du directoire de Webedia, une fonction qu'elle occupe depuis la constitution du nouvel ensemble en 2013, lors de l'apport de Terrafemina.

Le groupe revendique aujourd'hui une audience mensuelle mesurée par comScore de 350 millions de visiteurs uniques en décembre 2024, en progression de 26,8 % sur un an, un chiffre qui a continué de croître pour atteindre 380 millions de visiteurs mensuels en décembre 2025, selon une mesure Comscore publiée par le groupe Webedia-Elephant. L'effectif du groupe est estimé à environ 2 000 salariés en 2025, loin des 616 salariés que mentionnait l'infobox Wikipédia pour la seule société Webedia en 2018.

Repères sur Webedia

Fondation
27 novembre 2007, par Cédric Siré et Guillaume Multrier
Entrée de Fimalac au capital
17 mai 2013, avec 20 millions d'euros de capitaux frais apportés
Siège
2 rue Paul-Vaillant-Couturier, Levallois-Perret
Actionnaires (2024)
Fimalac et Aglaé Ventures (fonds technologique de la famille Arnault)
Audience mensuelle
350 millions de visiteurs uniques en décembre 2024 selon comScore, 380 millions en décembre 2025
Direction (2025)
Christian Bombrun, directeur général ; Véronique Morali, présidente du directoire

Ce qu'un entrepreneur des médias peut retenir du parcours de Webedia

Le premier enseignement tient à la méthode de croissance : Webedia ne s'est pas construit par un seul grand coup mais par des dizaines de rachats ciblés, chacun apportant une audience, une marque ou une équipe déjà installée plutôt qu'un pari sur un projet à créer de zéro. Racheter un site existant, que ce soit un comparateur de prix, un magazine spécialisé ou un réseau de créateurs, coûte souvent moins cher et va plus vite que de construire une audience équivalente en partant de rien.

Le deuxième enseignement porte sur la dépendance aux revenus publicitaires : tant que la publicité a représenté l'essentiel des recettes, le groupe est resté exposé aux mêmes aléas que n'importe quel éditeur numérique, jusqu'à devoir imposer un mur de cookies pour défendre sa marge. Diversifier vers la production audiovisuelle, la gestion de talents ou des activités SaaS comme Partoo a permis d'amortir, au moins en partie, les années où la seule publicité ne suffisait plus, une logique que l'on retrouve chez d'autres entreprises de médias qui cherchent à créer une maison d'édition ou un autre titre tout en s'appuyant sur des revenus annexes.

Le troisième enseignement concerne le risque pris sur des paris trop ambitieux : le fiasco de la web TV Le Live, arrêtée trois mois après son lancement, montre qu'un projet pensé en grand sans tester d'abord un format réduit peut coûter cher en image comme en argent, même pour un groupe doté de moyens importants. Le dernier enseignement, plus structurel, tient à la question du contrôle : contrairement à un groupe resté indépendant comme So Press, fondé et dirigé par ses créateurs, Webedia a changé d'actionnaire de référence dès sa sixième année d'existence, puis de directeur général quand son fondateur est parti en 2025. Grandir vite par rachats, dans les médias, s'accompagne souvent d'une dilution progressive du contrôle fondateur.

Questions fréquentes sur Webedia et Fimalac

Webedia a été fondé le 27 novembre 2007 par Cédric Siré et Guillaume Multrier, à partir des premiers sites Purepeople, Puretrend et Purefans.

Fimalac est entré en négociations exclusives pour une prise de participation majoritaire le 17 mai 2013, avec un apport de 20 millions d'euros de capitaux frais destinés au développement international du groupe.

Le groupe a longtemps tiré l'essentiel de ses recettes de la publicité, près de 70 % selon Wikipédia en 2016, avant de diversifier ses revenus vers la production audiovisuelle, la gestion de créateurs et des activités logicielles comme Partoo.

Le groupe possède notamment AlloCiné, Jeuxvideo.com, Purepeople, Terrafemina, 750g et easyVoyage en France, ainsi que Filmstarts et GameStar en Allemagne, parmi une vingtaine de marques médias.

Selon Wikipédia, Cédric Siré quitte la direction générale de Webedia en janvier 2025, après seize ans à la tête du groupe, à la suite de l'échec de la recherche d'un repreneur pour l'entreprise. Christian Bombrun lui succède.

Oui, Fimalac reste actionnaire de Webedia, mais le fonds d'investissement Aglaé Ventures, lié à la famille Arnault, est entré à son tour au capital du groupe en 2024.

Webedia reste, près de vingt ans après la création de Purepeople, un exemple de croissance par accumulation d'audiences rachetées puis monétisées par la publicité, avant d'être rééquilibrées par d'autres sources de revenus quand la publicité seule ne suffisait plus. Ce parcours n'est pas un modèle à copier mécaniquement, mais il rappelle qu'une entreprise de médias qui grandit vite par rachats échange souvent une part de son contrôle contre de la rapidité. Pour qui veut entreprendre dans les médias et les industries créatives, l'histoire de Webedia montre aussi que la diversification des revenus n'est pas un luxe mais une manière de survivre aux cycles publicitaires.

Sources publiques citées