L'essentiel

  • So Press est fondé le 18 février 2003 par Franck Annese, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé, avec un capital de départ de 450 euros pour So Foot
  • Le groupe grandit titre après titre, un magazine à la fois, avant d'étendre son modèle à la production audiovisuelle, à un label musical et à une plateforme de SVOD
  • Society, lancé en 2015, a été financé en combinant un emprunt bancaire, un tour de table auprès de connaissances et une opération de financement participatif
  • La diversification vers l'audiovisuel publicitaire finance en partie les années difficiles pour la presse papier
  • Rester indépendant suppose parfois des tensions avec des groupes de médias plus importants

Franck Annese a fondé So Press en 2003 avec deux camarades d'études, en partant d'un fanzine de football tiré à quelques milliers d'exemplaires pour un capital de départ de 450 euros. Plus de vingt ans après, So Press édite une douzaine de titres de presse, dont So Foot, Society et So Film, emploie 120 personnes et a étendu son activité à la production audiovisuelle, à un label musical, à l'édition de livres et, depuis 2025, à une plateforme de vidéo à la demande. Ce parcours éclaire une méthode répétée : lancer un titre à la fois, financer la presse par des revenus tirés d'ailleurs, et garder la main sur l'éditorial.

Qui est Franck Annese, le fondateur de So Press

Franck Annese est né en 1977 à Bourges. Son père travaillait à l'émetteur de télévision de Neuvy-Deux-Clochers, sa mère était coiffeuse, et lui-même supporte le FC Nantes depuis l'enfance. Il part ensuite étudier à Paris, dans une école de commerce dont il sort diplômé en 2000. C'est là, avec deux camarades d'études, qu'il lance en 1999 un fanzine culturel baptisé Sofa, présenté comme une revue de critique culturelle, avant de participer à la création d'une association musicale étudiante et d'une radio associative sur le campus.

À sa sortie d'études, Franck Annese passe par un cabinet d'audit, Ernst & Young, où il ne reste pas longtemps, puis rejoint l'équipe de l'émission Culture Pub sur M6. Ce poste lui laisse le temps de continuer à faire vivre Sofa en parallèle, jusqu'à ce que le fanzine finisse par donner naissance à un autre projet. Sofa, lui, s'arrêtera en 2006, faute de rentabilité, une fois que So Foot aura pris le relais comme titre principal du groupe.

Comment est né So Foot, le magazine qui a lancé So Press

So Foot naît d'abord comme une private joke. « Un soir, on s'est dit : et si on faisait un magazine de foot qui ne ressemble pas à un magazine de foot ? » racontait Franck Annese aux Inrocks en 2013. Les deux premiers numéros, baptisés 0 et 0 bis, sortent en 2002 sous forme de hors-série de Sofa. Le ton est donné d'emblée : le magazine traite le football comme un phénomène de société plutôt que comme un sujet purement sportif, avec, dès la une du premier numéro, un portrait peu flatteur du commentateur Thierry Roland, qui vaudra à Franck Annese un coup de fil furieux de l'intéressé.

So Foot devient mensuel en mars 2003, avec un capital de départ de seulement 450 euros, au moment même où So Press est officiellement créé, le 18 février 2003, par Franck Annese, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé. Le titre s'organise autour de ce que ses fondateurs appellent « la règle des trois H : humour, humain, histoire », une ligne éditoriale qui privilégie le récit et le portrait au compte rendu sportif classique. Les débuts sont modestes : le premier numéro vendu se tire entre 4 000 et 5 000 exemplaires. La progression est ensuite continue, jusqu'à un tirage de 100 000 exemplaires en 2012, pour 45 000 numéros vendus dont 10 000 abonnés, puis une diffusion de 48 338 exemplaires en 2015, à une époque où la plupart des titres de la presse sportive papier perdaient des lecteurs.

De So Foot à Society : la diversification des titres

Une fois So Foot installé, So Press ne cherche pas à dupliquer sa formule mais à l'adapter à d'autres sujets, un titre après l'autre. Le groupe lance Doolittle, trimestriel destiné aux parents, en 2009, puis Pédale !, consacré au cyclisme, en 2011, et So Film, mensuel de cinéma conçu avec la société Capricci, en 2012. Cette montée en puissance change d'échelle en 2015 avec le lancement de Society, un quinzomadaire d'actualité généraliste que Franck Annese quitte la rédaction en chef de So Foot pour porter, tout en restant son directeur de publication.

D'autres titres suivent à un rythme soutenu : Tampon !, consacré au rugby, en septembre 2015, puis The Running Heroes Society sur la course à pied en 2016. En 2018, So Press rachète la société Detroit Media, éditrice du magazine musical Tsugi, qui rejoint ainsi le groupe. En 2020, So Good, magazine trimestriel qui veut « mettre en avant ceux qui œuvrent pour un monde meilleur », complète l'offre, avant Big Bang, titre tourné vers la prospective, en 2021. Dès 2015, le groupe vendait déjà 220 000 magazines par mois tous titres confondus ; en 2025, So Press revendique deux millions de magazines vendus par an pour une douzaine de titres actifs.

TitreThématiqueEntrée dans le groupe
So FootFootball, traité comme phénomène de société2002 (pilotes), mensuel en 2003
DoolittleParentalité2009
Pédale !Cyclisme2011
So FilmCinéma2012
SocietyActualité généraliste2015
Tampon !Rugby2015
TsugiMusiques électroniquesRacheté en 2018 (Detroit Media)
So GoodEngagement et innovation sociale2020
Big BangProspective2021

Financer Society : le pari des 100 000 euros et le modèle économique du groupe

Lancer un quinzomadaire généraliste en 2015, alors que la presse écrite était donnée pour moribonde, supposait de trouver de l'argent ailleurs que dans la trésorerie courante de So Foot. Franck Annese a sollicité directement ses connaissances, leur demandant, selon ses propres mots rapportés par Le Nouvel Obs, s'ils n'avaient pas « 100 000 euros à perdre ». D'anciens footballeurs comme Vikash Dhorasoo et Édouard Cissé, l'ex-président du Paris Saint-Germain Robin Leproux, le producteur Renaud Le Van Kim ou encore Serge Papin, ancien dirigeant du groupement Système U, ont ainsi mis la main à la poche. Parmi les actionnaires actuels de So Press figurent également Pierre-Antoine Capton, Patrice Haddad et Stéphane Régy.

Près de dix ans plus tard, Society tient son équilibre sur plusieurs sources de revenus combinées : abonnement, publicité et vente au numéro. Les chiffres officiels de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias, cités par Franck Annese lui-même en 2025, situaient la diffusion France payée de Society à 40 588 exemplaires par numéro en moyenne sur l'année 2024, dont environ 7 500 exemplaires servis aux abonnés et près de 20 000 vendus au numéro. Sur la version numérique du magazine, Franck Annese indiquait que 95 % des utilisateurs étaient des abonnés.

À l'échelle du groupe, les résultats varient fortement d'une année sur l'autre. En 2020, So Press affichait un chiffre d'affaires de 18 millions d'euros pour un résultat net de 600 000 euros. En 2023, le chiffre d'affaires grimpait à 21,5 millions d'euros, dont la moitié générée par la production audiovisuelle. En 2024, cette même activité audiovisuelle dégageait un bénéfice d'environ 1,5 million d'euros quand la branche magazines affichait, elle, un déficit d'environ 450 000 euros, pour un bénéfice global du groupe retombé à environ 500 000 euros, contre 2,4 millions d'euros l'année précédente.

ExerciceChiffre d'affaires du groupeRésultat
202018 millions d'euros600 000 euros de bénéfice net
202321,5 millions d'euros (dont environ la moitié issue de la production audiovisuelle)2,4 millions d'euros de bénéfice
2024Non communiqué séparément ; branche magazines en déficit d'environ 450 000 euros, production audiovisuelle en bénéfice d'environ 1,5 million d'eurosEnviron 500 000 euros de bénéfice global
Vigilance sur les chiffres

Ces montants proviennent d'années différentes, d'interviews et de la fiche Wikipédia de So Press : ils ne doivent pas être additionnés ou comparés terme à terme sans précaution, d'autant que le mode de calcul du résultat (groupe entier ou branche par branche) varie selon les sources. Les chiffres de diffusion ACPM cités concernent uniquement Society, pas l'ensemble des titres du groupe.

De la presse à l'audiovisuel, la musique et la SVOD

So Press ne s'est pas contenté d'ajouter des titres de presse : le groupe a construit, à côté, des activités qui financent en partie les périodes difficiles pour le papier. En 2016, Franck Annese crée Sovage avec le producteur Willy Morencé, une société de production publicitaire spécialisée dans les films publicitaires et les clips musicaux. À ses côtés, Allso, une autre structure de production du groupe, a notamment produit Méduse, premier long métrage réalisé par Sophie Lévy, sorti en 2022.

Le groupe a également lancé un label musical, Vietnam, qui fêtait ses dix ans de « disques dont on est fiers » en 2022 selon Télérama, ainsi qu'une maison d'édition de livres, So Lonely, qui publie notamment des ouvrages issus des contenus des magazines du groupe. La dernière étape en date de cette diversification est Society+, une plateforme de vidéo à la demande par abonnement consacrée au documentaire, lancée le 6 mars 2025 au tarif de 4,90 euros par mois, avec 200 documentaires disponibles dès le lancement. Franck Annese visait alors 30 000 abonnés par an, pour un peu plus de 5 000 abonnés au moment de l'interview donnée à The Media Leader. La plateforme agrège des contenus issus des différentes marques du groupe, Society, So Foot, Tsugi, Tampon ! ou So Good.

Cette architecture, qui irrigue les activités de production audiovisuelle et musicale à partir d'un socle de titres de presse, ressemble par certains aspects à la logique que suivent d'autres entrepreneurs qui choisissent de créer une société de production audiovisuelle en parallèle d'une activité éditoriale, ou de créer un label de musique pour diversifier les revenus d'un groupe de médias.

Rester indépendant : rachats, alliances et tensions avec les grands groupes

So Press a aussi grandi par acquisition, en restant sur son créneau de la presse indépendante plutôt qu'en se rapprochant d'un grand groupe de médias. En 2024, le groupe participe, aux côtés de seize autres investisseurs, au rachat de Booska-P, média spécialisé dans le rap et les cultures urbaines, alors placé en liquidation judiciaire. En septembre 2025, So Press rachète Francs Jeux, site d'information sur les coulisses du sport et les institutions sportives. En 2026, le groupe crée également So Éditions, une nouvelle maison d'édition de livres.

Cette indépendance a aussi produit des tensions directes avec des groupes bien plus importants. En 2021, Society publiait une enquête sur le management, jugé brutal, dans les rédactions reprises par le groupe Bolloré après son rachat de Prisma Media, qui détient notamment Capital, Voici ou Géo. En réaction, la direction de Capital publiait à son tour une enquête sur les méthodes de management de Franck Annese lui-même, avant que la rédaction de Capital ne se désolidarise publiquement de cette publication, affirmant qu'elle avait été décidée par la direction et non par les journalistes. Capital a par la suite publié le droit de réponse de Franck Annese. Cet épisode n'a pas empêché des relations de travail avec d'autres acteurs du secteur : Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières, qui a collaboré avec Society sur un numéro spécial en 2024, décrit ainsi les équipes du groupe dans Le Monde : « Il y a plein de mini-Franck là-bas, de gros bosseurs derrière leur air débonnaire ».

Ce qu'un créateur de média peut retenir du parcours de Franck Annese

Le premier enseignement tient à la méthode de lancement : So Foot commence par deux numéros pilotes distribués dans un cercle restreint avant de devenir mensuel, et Sofa sert de laboratoire avant que le groupe ne se structure vraiment. Tester un format à petite échelle, avec un budget volontairement limité, avant d'investir davantage, réduit le risque pris sur chaque nouveau titre. C'est une logique proche de celle que suivent certains porteurs de projet qui commencent par créer un magazine en version réduite avant de l'étoffer une fois le lectorat constitué.

Le deuxième enseignement porte sur le financement : pour Society, Franck Annese n'a pas misé sur une seule source mais a combiné un emprunt bancaire auprès de la BPI et de la Société Générale, un tour de table auprès de connaissances convaincues par le projet éditorial, quitte à leur présenter frontalement le risque de perdre leur mise, et une opération de financement participatif. Le troisième tient à la diversification des revenus : la production audiovisuelle, publicitaire pour l'essentiel, a permis à plusieurs reprises de compenser des années compliquées pour la presse papier, sans que l'un des deux pans n'efface l'autre dans la communication du groupe. Le dernier enseignement, plus difficile à chiffrer, concerne l'indépendance éditoriale : elle a un coût, visible dans l'épisode avec Bolloré, mais elle reste revendiquée comme un argument de différenciation face aux grands groupes de presse.

Repères sur So Press

Fondation
18 février 2003, par Franck Annese, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé, avec un capital de départ de 450 euros pour So Foot
Siège
18e arrondissement de Paris
Effectif (2025)
120 salariés, dont une cinquantaine en CDI
Chiffre d'affaires (2023)
21,5 millions d'euros, dont environ la moitié issue de la production audiovisuelle
Diffusion de Society (ACPM, 2024)
40 588 exemplaires par numéro en moyenne
Society+
Lancée le 6 mars 2025, 4,90 euros par mois, 200 documentaires au lancement

Questions fréquentes sur So Press et Franck Annese

So Press a été fondé le 18 février 2003 par Franck Annese, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé, peu après la sortie des deux premiers numéros pilotes de So Foot en 2002.

Son tout premier projet éditorial est le fanzine culturel Sofa, lancé en 1999, avant So Foot, le mensuel de football qui deviendra le titre fondateur de So Press en 2003.

Le groupe édite une douzaine de titres de presse, dont So Foot, Society, So Film et Tsugi, pour un volume revendiqué de deux millions de magazines vendus par an.

Franck Annese a combiné plusieurs sources : un emprunt bancaire auprès de la BPI et de la Société Générale, un tour de table auprès de connaissances, dont d'anciens footballeurs et des dirigeants d'entreprise, et une opération de financement participatif.

Society+ est une plateforme de vidéo à la demande par abonnement consacrée au documentaire, lancée par So Press le 6 mars 2025 au tarif de 4,90 euros par mois.

Non, So Press reste un éditeur de presse indépendant dont le capital est détenu par Franck Annese et un ensemble d'actionnaires individuels, et le groupe a connu des tensions publiques avec des groupes de médias plus importants, notamment Bolloré.

So Press reste, plus de vingt ans après le lancement de So Foot, l'exemple d'une entreprise de presse construite titre après titre, sans investisseur unique ni actionnaire de référence issu d'un grand groupe. Franck Annese en a fait une marque de fabrique autant qu'une nécessité économique : diversifier les titres, diversifier les revenus, et garder la main sur l'éditorial, y compris quand cela crée des frictions. Ce parcours ne se résume pas à une recette transposable telle quelle, mais il montre qu'une entreprise de médias peut grandir sans céder son indépendance, à condition d'accepter que chaque nouveau titre ou chaque nouvelle activité reste un pari financier distinct. Pour qui veut entreprendre dans les médias et les industries créatives, cette trajectoire rappelle surtout que la diversification se construit dans la durée, un lancement après l'autre.

Sources publiques citées